Aventures serosiennes

La Fin d'un trou

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13 Umbersong 1465 TS

Toute ma vie durant, j’ai accompli mon devoir de gardien, veillant sur le fragment d’artefact que mon père m’avait légué, comme son propre père l’avait fait avant lui. Moi, je n’ai pas eu de fils. J’ai hésité à transmettre la responsabilité à ma fille unique, mais les dieux ont refusé de m’en libérer. Sans l’intervention de Sashelas et Labelas Enoreth, j’aurais sans doute quitté Serôs il y a un siècle ou deux pour aller rejoindre mes ancêtres du Cormanthyr. Entre les nations de Selu’Maraar et d’Eadraal, presque coupé du monde, toujours je veillais.

Même l’annihilation de mon village par les contrecoups d’un cataclysme planétaire n’a pas pu mettre fin à l’antique contrat. Par ma fenêtre, j’ai vu périr un à un tous mes voisins, tous mes amis, ensevelis sous la pierre ou les débris de leur propre demeures, sinon écrasés peu à peu par la pression des abysses. Ma fille et un de ses amis étaient partis chasser loin du village ce jour-là: peut-être ont-ils évité le sort des autres. Moi-même n’ai pas pu survivre à une telle catastrophe, mais même la mort n’est pas une excuse valable pour fuir un pacte avec les dieux.

Pendant de longue année, le froid, la solitude et les ténèbres absolus étaient mon lot quotidien. Très rarement, de petits groupes de shalarins éclairés par du corail magique venaient ramasser tout objet de valeur qu’ils pouvaient trouver. Par la grâce de Fenmarel Mestarine, je les voyais venir une heure à l’avance. Certains s’en sont mis plein les poches. Quelques-uns sont morts attaqués par quelque créature des profondeurs. Aucun n’est entré chez moi; je n’ai pas eu à faire en sorte qu’ils ne repartent pas vivants.

Puis, tout a changé en l’espace de d’un mois. Ou peut-être d’une semaine. Difficile de compter les jours sans Soleil ni étoiles, car le ciel s’est d’abord couvert de sorte que même l’ouverture du gouffre où se trouvait autrefois mon village se vit plongé dans la noirceur totale. Quelques jours plus tard, une nuée de tritons et de shalarins est arrivée d’un coup. Certains ont tenté de voler mon artefact: j’ai dû les tuer. Je n’ai pas eu à faire faire la même chose pour chacun d’entre eux: des guerriers sahuagins descendus peu de temps après s’en sont chargé. C’est contre eux que j’ai dû déchaîner mes blizzards. Les survivants n’ont jamais pu quitté le ravin, interceptés plus haut par un aboleth et ses esclaves. Les sahuagins n’ont éliminé les sbires que pour prendre leur place après avoir été couverts du mucus psionique de l’aberration préhistorique. Pendant tout ce temps, avant même que les sahuagins ne se soient rendus dans les décombres de mon village, un groupe d’ogres et de trolls avait établi un campement camouflé au-dessus de l’ouverture du gouffre, préférant probablement embusquer les pillards à la sortie plutôt que d’affronter la pression eux-mêmes.

Les choses ne s’arrêtent pas là. Une centaine de mètres plus haut, l’aboleth est tombé nez à nez avec un groupe de pillards composé d’un demi-humain, un malenti, une genasi, un locathah et une shalarin. Le monstre psionique s’est sans doute senti menacé, aussi a-t-il envoyé ses jouets à l’attaque pendant qu’il profitait de la mêlée pour s’enfuir.

Un certain temps plus tard, le groupe dépareillé étaient en train de fouiller les ruines, inspectant tour à tour les cadavres de tritons et de shalarins. Quand je les ai vus approcher de mon antre, j’ai vite senti qu’ils étaient là eux aussi pour mon trésor, une hypothèse vite confirmée. J’ai alors “emprunté” la force des quelques explorateurs tombés autour de moi pour les envoyer attaquer les intrus. Aucun d’entre eux n’était un grand guerrier, malheureusement, et même en concentrant mes énergies magiques aussi rapidement que je le pouvais, les ennemis ont avancé vers moi et l’un deux a réussi à me briser la nuque et à me transpercer la poitrine.

Le trésor de mes aïeux m’a été arraché des mains et les voleurs sont vite repartis vers la surface où ils furent bien évidemment embusqué par les géants, plus forts qu’eux et bien moins à bout de souffle. La fuite semblait la seule option, mais les puissantes jambes des ogres leur donnent aussi un avantage sur ce point. Alors que la mêlée semblait inévitable, l’ombre qui cachait le ciel depuis des jours et des jours disparut en un clin d’œil, révélant un Soleil à son zénith ainsi qu’un banc de marsouins venus emporter les bandits loin d’ici.

À ceux qui se demandent comment je fais pour continuer à écrire après m’être fait empaler, j’aimerais rappeler que j’ai déjà perdu la vie il y a une dizaine d’année dans la destruction absolue de mon village. Tout ce qui m’arrive depuis n’est possible que par la grâce des dieux, et une attaque qui n’arrive même pas à décapiter complètement un pauvre vieillard n’est rien comparé à leur infinie puissance. Cela dit, ils sont déjà en train de me retirer leur puissance, Sashelas et Labelas m’en laissant sans doute tout juste assez pour que je puisse terminer mes écrits. J’ai peut-être échoué dans ma tâche de léguer mon artefact à un un héritier elfe, mais je sais que j’irai bientôt rejoindre mes ancêtres sur Arvandor.

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Borris

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